Une rénovation de cuisine durable
1 novembre 2024
En France, le secteur du bâtiment et des travaux publics représente 70% des déchets produits annuellement, soit 240 millions de tonnes, ce qui équivaut à deux tiers du total français. Parmi ces chiffres, 19% des déchets sont issus du seul secteur du bâtiment (46 millions de tonnes) et la moitié de ce pourcentage est générée uniquement par des chantiers de démolition.
Avec ces chiffres en tête, impossible de passer à côté du constat suivant : faire construire sa maison individuelle consomme environ 40 fois plus de matériaux qu’une rénovation (en tonnes par m²). À cela s’ajoute le fait que la construction neuve contribue grandement à l’artificialisation des sols, celle-ci étant responsable d’une augmentation du risque inondation, participant au réchauffement climatique et à la perte de biodiversité. Le neuf est donc une solution que je ne peux pas vous recommander si vous envisagez de concevoir votre foyer en respectant l’environnement. Cependant, il existe aujourd’hui différentes manières de rénover son lieu de résidence en limitant son impact écologique.

Vous vous lancez peut-être dans un projet de rénovation ou de réagencement de votre habitat ? Je sais que l’on peut être tenté de tout détruire, d’abattre tous les murs et d’arracher tous les sols existants pour repartir de zéro, comme si une tabula rasa était essentielle pour personnaliser son espace… mais démolir signifie créer du déchet, souvent non recyclable ou non recyclé. Abattre puis reconstruire des cloisons, installer de nouveaux revêtements, cela veut aussi dire qu’il faut consommer de nouvelles matières premières, souvent issues de la pétrochimie et nocives pour l’humain et l’environnement. Loin de vous servir la morale “gngngn soyez écolo et mangez des brocolis”, cet article a plutôt pour but de vous montrer comment une démarche plus durable est possible dans l’agencement d’espaces de vie, avec des principes adaptés à chacun. Il est clair que tout le monde n’a pas la même vision, ni la même exigence quant à ce genre de démarche. Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas obligé de vivre dans une yourte pour réussir à concilier habitat et durabilité.
En étant bien accompagné et avec les bons conseils, votre rénovation d’espace peut s’avérer bien plus durable et responsable qu’il n’y paraît.
Pour ajouter une notion d’éco-responsabilité dans votre démarche de rénovation, la première chose à avoir en tête est le réemploi. En réutilisant et en réemployant un maximum ce qui existe déjà, on limite son impact. C’est aussi simple que ça. Avant même de commencer à faire des choix, il faut comprendre comment analyser le cycle de vie d’un meuble, d’un produit ou d’un matériau et comprendre qu’il ne se limite pas à son simple usage.
C’est un processus de longue haleine qui comprend :
• l’extraction des matières premières,
• leur transport jusqu’au site de production,
• la fabrication en usine,
• l’emballage,
• l’acheminement en point de vente,
• l’utilisation par les consommateurs,
• sa fin de vie (tri, réemploi, recyclage…).
Toutes ces étapes doivent être prises en compte lors du choix d’un produit pour déterminer l’impact qu’aura votre futur achat sur l’environnement, sur votre habitat et sur votre santé.

Maintenant que les bases sont posées, voici un exemple pertinent : la rénovation d’une cuisine.
Imaginons que vous achetiez un bien immobilier datant des années 1980, assez vieillot mais à fort potentiel d’aménagement, en ayant un budget limité pour la rénovation. Cette cuisine rouge vif avec ses poignées en inox vous paraît bien désuète, sans parler de sa crédence en carrelage et de son plan de travail gris. Cependant, même si cet espace n’est pas à votre goût, il semble assez fonctionnel par rapport à vos besoins en termes d’usage et de rangements. Et si, plutôt que de filer à Ikea acheter une nouvelle cuisine, vous embellissez ce qui existe ?
Commençons par analyser les éléments à notre disposition.
Les façades de cuisine peuvent être démontées pour être poncées, puis peintes avec une peinture ou un vernis écologique ; on peut aussi les recouvrir avec des feuilles de bois, du linoléum spécial cuisine ou des feuilles adhésives (effet bois ou marbre, à motifs…).
Si les façades ne peuvent pas être réutilisées, il est souvent possible de conserver les caissons et de bricoler soi-même des façades en bois lamellé-collé, de les remplacer par des rideaux ou même de créer une esthétique ouverte en laissant le contenu des étagères à la vue de tous.

Les poignées peuvent être peintes ou remplacées pour correspondre davantage à vos goûts, d’ailleurs les sitesde seconde main en regorgent !
Si jamais vous n’y trouvez pas votre bonheur, il est possible de les acheter en ligne sur des sites spécialisés ou bien en magasin de bricolage.
La crédence, essentielle car elle protège les murs des salissures, peut être repeinte avec une peinture spécifique pour le carrelage, ou bien recouverte de feuilles de pierre ou d’une plaque inox. Le plan de travail, lui, peut être poncé et huilé s’il est en bois, ou bien il peut être remplacé par un plan de travail de seconde main ou de fin de stock recoupé aux bonnes dimensions.
Rien qu’en faisant le choix de retaper votre cuisine plutôt que de la jeter et de la remplacer par une nouvelle, vous avez réussi à rentrer dans votre budget. D’ailleurs, en analysant le cycle de vie, cette solution a aussi permis d’éviter de consommer de nouvelles ressources (extraction des matières premières, transport, fabrication, emballage, acheminement…).
On peut appliquer ce processus à l’échelle de son appartement ; en choisissant de conserver la structure existante (portes, cloisons, fenêtres, etc) tout en apportant des améliorations esthétiques, on fait un choix plus responsable vis-à-vis de l’environnement et de son portefeuille. Il existe également plein de sites de revente de matériaux anciens qui vous permettent de modifier votre habitat en passant par un circuit alternatif bénéficiant du charme qu’offrent les parquets en bois noble ou les carreaux anciens.

Dans un contexte de rénovation d’intérieur, le réemploi et la réutilisation sont les éléments clés d’une démarche éco responsable.
Ces principes ont plusieurs avantages : éviter de fabriquer du neuf et de puiser à outrance dans nos ressources, faire face à la pénurie des matériaux, réduire le bilan carbone global, éviter de générer des déchets supplémentaires (25 kg de déchets en moins pour un projet de rénovation).
Point bonus : ces solutions permettent de créer des intérieurs plus sains car la majorité des Composés Organiques Volatiles et autres polluants de l’air intérieur ont déjà été émis avant d’atterrir chez vous.
En bref, le réemploi est une réelle plus-value qui permet des dépenses souvent moins importantes tout en respectant davantage votre santé et l’environnement.
En plus, personnellement, je trouve que la seconde main crée une démarche différente dans un projet d’agencement intérieur. Le fait de partir à la recherche de ce qui nous fait vibrer, de créer de nouveaux moments de fouille et de découverte… cela apporte un sentiment d’accomplissement et une exaltation certaine, plutôt que de simplement consommer à outrance sans réfléchir à ce qui nous importe. Sans compter sur le fait que ces moments de recherche de matériaux ou de mobilier de seconde main peuvent se faire aussi bien en solo qu’à plusieurs, les espaces ainsi créés reflètent idéalement la personnalité de leurs propriétaires sans jamais renoncer aux tendances.
