Le design, au coeur de nos vies ?

22 mars 2024

Quand on parle de design, les avis divergent et personne ne sait vraiment donner une définition claire et compréhensible du métier. Même moi, à l’époque étudiant le design, je ne savais pas tellement expliquer ce métier qui allait être le mien.Posons donc les bases ensemble.

Le design, c’est une méthodologie de résolution des problèmes. En étant dans une recherche constante d’innovation, le designer permet le développement de la société en améliorant notre qualité de vie. C’est une approche, une façon d’aborder les enjeux sociaux, économiques ou environnementaux par exemple.

Le métier de designer est pluridisciplinaire, il va utiliser la créativité pour résoudre des problèmes parfois complexes et créer des solutions en proposant de meilleurs produits, systèmes, services ou expériences… En fait des designers vous en connaissez peut-être autour de vous, et ils travaillent dans des domaines comme :

  • le design d’espace : architecture d’intérieur, paysagisme, retail design / design commercial… tout ce qui concerne les espaces publics ou privés dans lesquels nous vivons chaque jour, à plus ou moins grande échelle
  • le design d’interfaces et d’expérience utilisateur : application, site web… la réflexion s’axe autour de la meilleure façon d’exploiter un support pour ses utilisateurs
  • le design graphique (numérique ou imprimé) : affiche promotionnelle, illustration, logo d’entreprise, carte de visite, flyer…
  • le design produit : mobilier, objet usuel du quotidien… la production de ces objets peut être en quantité limitée (artisanale) ou industrielle.

Maintenant que le concept de design est posé, intéressons nous à l’histoire du design.

Je sais que ça peut paraître dérisoire, voire même chiant. Mais je vous assure qu’en comprenant l’évolution du design, de sa création début 20e siècle à notre époque, ça permet de mieux saisir les nuances qui semblent parfois difficiles à comprendre. Vous êtes prêts ?

Walter Gropius fonde le Bauhaus en Allemagne en 1919 dans le but d’abolir la différence entre les Beaux-Arts et l’Art Appliqué. Ainsi naît le design, l’alliance de l’art et de l’industrie. Son essence, son fondement même, tient dans une phrase de seulement 3 mots :

Form follows function.

Ce que voulait exprimer l’architecte Louis Sullivan en 1896, c’est que l’apparence extérieure d’un bâtiment doit découler de ses articulations intérieures. Cette réflexion a été reprise par Franck Lloyd Wright, qui poursuit cette pensée en 1908 en disant :

« La forme suit la fonction – cela a été mal interprété. La forme et la fonction doivent fusionner dans une union spirituelle ».

On devine alors à travers son concept d’architecture organique une pensée plus proche de celle du design actuel :
combiner astucieusement forme et fonction afin d’offrir une création juste.

Rien n’est superflu, et le produit final est aussi fonctionnel qu’esthétique.

Finalement, la forme ne va pas sans la fonction.

Cette nouvelle façon de voir la création révolutionne la façon de répondre aux besoins de la société. Peut-être était-elle carrément trop révolutionnaire pour l’époque, car elle est qualifiée par les nazis “d’art dégénéré” en 1933… Le Bauhaus ferme ses portes, mais l’idée avant-gardiste de Walter Gropius fait son chemin entre les courants artistiques et les nouveautés technologiques de la révolution industrielle.

Dès 1950 et l’âge d’or de la société de consommation, on s’aperçoit que le design est réduit à son aspect fonctionnel (mobilier, art ménager…) et met au second plan le caractère artistique.

Les designers industriels cherchent à se différencier des décorateurs de l’époque Art Déco des années folles. L’efficacité l’emporte, et la production en série profite des innovations développées grâce à la 2de guerre mondiale.

On cherche à produire des pièces reproductibles facilement et à bas coût, qu’il s’agisse de chaises ou de logements.

Intérieur moderne des années 1950 – L’encyclopédie de la décoration, 1964

Si je vous raconte tout ça, c’est parce qu’aujourd’hui ce qu’on étiquette comme “design” est souvent considéré comme étant haut de gamme, luxueux et donc inaccessible aux classes moyennes et populaires.

Sauf qu’on vient de le voir : le design a comme essence de répondre aux besoins de la société dans laquelle il prend place.

Et il est partout !

L’idée réductrice selon laquelle il ne profite qu’à une classe sociale aisée est à nuancer.

Certains Designers Produit ou Designers Graphiques bossent chez Ikea.

Pourtant, ce géant du meuble n’a pas pour cible marketing les plus fortunés d’entre nous, puisqu’à la base Ikea s’est lancé en 1958 avec l’idée de démocratiser le design et de rendre l’ameublement (puis la décoration) accessibles au plus grand nombre !

En vérité le design est un champ tellement vaste qu’il n’est pas le marqueur d’une classe sociale en particulier, mais plutôt d’un mode de consommation. Il s’inscrit dans la société dans laquelle il prend place. Et c’est parce qu’il représente la solution aux enjeux qui prennent place aujourd’hui – l’écologie, la préservation des ressources, les enjeux sociaux et multiculturels, entre autres – qu’il mériterait d’être encore plus démocratisé.

À l’heure du numérique et des réseaux sociaux où l’esthétisme est roi, outrepassant parfois (souvent) le sens, il est nécessaire de ne pas oublier que les fondamentaux, nos besoins et les problématiques qui en découlent, ont autant de valeur que le beau.

Le designer doit répondre aux besoins humains de notre société, au lieu de créer uniquement des produits destinés à satisfaire le doux regard d’une classe sociale privilégiée (même si on est tous le privilégié de quelqu’un d’autre).

Faire du design, c’est dépasser le superflu.

Packagings minimalistes de La Marque en Moins

Mais alors, ça veut dire que le design occupe une place centrale dans nos vies et qu’on ne s’en rend même pas compte ?

Ce qui est intéressant avec le design, comparé à l’art, c’est que le produit du design peut être connu du grand public sans que ce dernier ait de compétence particulière et sans que l’auteur de “l’œuvre” soit célèbre. D’ailleurs un bon designer n’a pas besoin d’être célèbre, même si on recherche toujours la reconnaissance des autres. Il doit surtout connaître la notion de “design thinking”, une méthode collaborative de création créée en 1980 à Stanford. Ce processus d’élaboration de projet fait des usagers le cœur de la réflexion.


L’emblématique Fauteuil Poang, Ikea

Prenons le fait de concevoir un espace : c’est agencer un lieu qui répond à des besoins précis et identifiés comme se reposer, manger, se divertir, ou encore se dépenser. Par exemple, imaginer l’agencement d’un commerce sans anticiper comment la clientèle va circuler ou comment le staff va y travailler semble plutôt hors de propos. C’est seulement lorsque les problématiques des usagers et du site ont été solutionnées qu’il convient ensuite de finaliser l’aspect esthétique, qui permettra de représenter visuellement l’image de marque du commerce (colorimétries, mobilier…).

Finalement, penser design c’est innover.
Et innover c’est (re)centrer le design autour de ses usagers.

Même si le design est parfois lié dans l’imaginaire collectif à une élite qui se délecte d’esthétisme.

Changer l’image qu’on se fait du design et le rendre universel, c’est aussi accepter de changer sa façon de voir l’innovation.

Et c’est en faisant ce cheminement intellectuel que la prise de conscience populaire peut avoir lieu, permettant aux futures générations de designers de résoudre les grands enjeux à venir.

Sans aller jusque-là (parce que ça fout quand même un peu la pression d’avoir le destin du monde entre ses mains), c’est en acceptant que le design fasse désormais partie de notre quotidien que l’on devient plus alerte à son utilité. La voiture que vous conduisez, la chaîne de restaurant où vous avez mangé vendredi soir ou même l’interface de votre réseau social favori… Tous n’étaient au début que de simples esquisses sorties de la tête d’une équipe de designer.

C’est notre façon de consommer le design qui participe à créer le monde de demain.

Effectivement, il existe bien un design élitiste destiné à une clientèle aisée. Pour autant, le design n’est pas qu’une “affaire de riche” et nous concerne tous. Il est tout autour de nous et participe à l’évolution de nos sociétés en offrant des solutions nouvelles à des enjeux essentiels tels que le développement durable, les villes du futur ou encore l’avenir du digital.

En fait, démocratiser le design c’est aussi reconnaître que la richesse peut se trouver dans l’innovation et la connaissance.


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