La claustra & l’aménagement d’espaces

2 juillet 2024

Qui a dit que la claustra était une notion oubliée et fade ?
Tout d’abord, bienvenue à toi qui a été intrigué.e par le thème de cet article.

La claustra est un terme générique désignant un élément que l’on retrouve en architecture depuis l’Antiquité.

Pour te donner une brève définition, c’est une paroi d’épaisseur variable et ajourée.

Elle fait référence à plusieurs cultures et est liée à différentes périodes de l’histoire de l’architecture. On peut par exemple l’associer au moucharabieh des pays orientaux ainsi qu’au cobogó brésilien, qui sont des types de claustras spécifiques.

On la retrouve aussi sur les terrasses et balcons des maisons méditerranéennes.

Ce qui est intéressant dans ce principe, c’est la possibilité d’utiliser un seul module et, par répétition, de créer des motifs aux possibilités infinies.

La forme est alors libre, ce qui signifie que chacun peut se l’approprier pour en faire une création unique.

Parlons d’abord technique pour mieux appréhender la fonction d’origine des claustras. Prenons le moucharabieh. A la base, c’est un rafraichisseur d’air naturel qui utilise le principe suivant : le vent s’engouffre dans le maillage, et grâce à la réduction de surface que ce dernier produit, s’accélère. À côté de ces parois sont placées des surfaces humides telles que des bassins ou des contenants remplis d’eau. Le vent passant sur l’eau, l’air est rafraîchi et l’habitation aussi.

Ce principe de climatisation naturelle, c’est celui qu’a remis au goût du jour Yael Issacharov avec sa création en terre cuite NAVE, l’eau passant cette fois-ci directement dans la terre cuite.

Le cobogó quant à lui date des années 1920.
Il a été très utilisé dans la conception des immeubles de la ville de Brasilia, et pour cause : en utilisant ce type de cloison ouverte, la ventilation constante réduit naturellement la chaleur à l’intérieur des habitations.

La claustra peut donc rapidement devenir un outil dans l’aménagement d’espaces intérieurs comme extérieurs. Auparavant utile pour permettre une aération tout en créant une séparation physique entre l’intérieur et l’extérieur, elle devient aujourd’hui la touche finale pour donner l’ambiance que l’on désire. C’est grâce à sa pluralité qu’elle est apprivoisable par tous. Et c’est la multitude de matériaux utilisables qui rend tout cela intéressant pour les concepteurs.

Mise en situation : imaginons que nous sommes dans une villa contemporaine, avec des murs clairs à l’effet béton (béton qui sera d’ailleurs abordé dans un futur article, stay tuned) et un sol en pierre naturelle. L’escalier est en bois, mais le lien entre tout ce béton et la pierre ne se fait pas. En effet, le style est très chouette mais c’est tout de même assez froid…

Comment rendre plus vivant l’ensemble, tout en sécurisant l’escalier ?

En créant un garde-corps avec des tasseaux de bois, d’une essence que vous aimez (du chêne pour de l’authenticité, de l’épicéa, du pin, …).
En espaçant plus ou moins les tasseaux, en les fixant d’une certaine manière, et en les faisant tracer de haut en bas ou s’arrêter à la hauteur de l’escalier, on obtient déjà un rendu personnalisé et adapté à son environnement.

Ça, c’est l’exemple le plus parlant pour des particuliers ou des personnes qui souhaitent un système esthétique et facile à mettre en œuvre. Alors imagine la multitude de potentialités pour un designer !

Abordons ensemble l’aspect créatif qu’offre le concept de claustra.

Le but, c’est d’abord de trouver la forme de base qui peut aller du simple carré à une multitude de possibilités. Cette forme de base, c’est ce qu’on appelle un module : c’est un élément juxtaposable, qui peut être combiné et répété.

En architecture et dans le bâtiment, le module est une unité de coordination permettant d’aboutir à une trame (ça aussi ce sera abordé dans un autre article, parce que la trame en architecture c’est hyper important !).

La magie d’une claustra comme cloison séparatrice se fait en utilisant la forme du module de base pour créer une trame qui viendra jouer sur les pleins et les vides, le visible et l’invisible.

C’est cette notion de séparation qui laisse entrevoir qui est très intéressante. Les espaces sont séparés, mais toujours liés les uns aux autres puisqu’on entrevoit ce qu’il se passe de chaque côté.

La claustra, c’est le point virgule de l’architecture.

Après avoir défini la forme, c’est au tour de la matière de révéler le potentiel de la claustra. La terre cuite est le matériau traditionnellement utilisé dans les régions méditerranéennes et orientales, même si ces dernières années le béton a pris une place importante également notamment avec le cobogó (il est en effet plus économique que la terre cuite). Le bois est tendance ces dernières années étant donné la chaleur qu’il apporte ; il est intéressant pour son aspect naturel et authentique. On trouve aussi des éléments réalisés en métal, car cette matière permet une mise en œuvre plus en finesse, plus souple, et plus légère. Au final, il existe autant de possibilités que de matières : céramique, corde, plastique, plâtre, tôle perforée …

En bref, le principe de la claustra est très intéressant d’un point de vue design et aménagement d’espaces. Il débride la création par son concept simple et permet aux designers de créer avec peu de contraintes. Il offre aux usagers l’éventualité d’entrevoir, de laisser passer la lumière…

Tout en leur laissant la liberté d’avoir des espaces intérieurs ou extérieurs qui leur ressemblent.


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