Le vintage & la seconde vie des objets

22 mars 2024

Le mot “vintage” renvoie à un élément faisant référence à une période passée et relativement ancienne : vêtements, mobilier, objets de décoration… Depuis le début du XXIe siècle, c’est un marché en plein essor : il était estimé à un milliard d’euros en France pour la mode et les accessoires entre 2018 et 2019. Là où les générations du milieu du XXe siècle préféraient le neuf sorti d’usine pour son aspect résolument moderne, les dernières générations se tournent de plus en plus vers le charme de l’ancien. Et pour cause : un goût pour le passé couplé à une envie chavirante de se différencier et de sortir du moule des objets préfabriqués en série.

Cet attrait pour les éléments déjà existants en aménagement d’espaces est-il une simple “vintage mania”, une tendance éphémère, ou doit-on le percevoir comme une réelle évolution de nos modes de consommation ?

Se tourner vers le passé revient à jeter un œil à ce que nous avons accompli en tant qu’humain. Cela est lié à une émotion bien particulière : la nostalgie. C’est un moteur qui est souvent utilisé en marketing pour replacer l’audience dans un contexte qui lui rappelle un souvenir doux, et ainsi déclencher l’achat.

 

Que ce soit visuel, gustatif ou auditif, nous avons tous.tes une madeleine de Proust : le vieux buffet de chez mamie et les cliquetis lorsque la vaisselle et les verres s’entrechoquent à l’heure du déjeuner, la voiture de collection du grand-père avec ses couleurs vives et sa peinture étincelante, la commode en bois de maman avec tous ses trésors à l’intérieur ou la table à manger à rallonge que notre père adore “parce qu’elle est quand même vachement pratique quand on invite du monde”.

Vous l’aurez compris, le passé est gorgé d’émotions. C’est grâce au contexte dans lequel on a grandi que l’on éprouve de la nostalgie à la simple vision d’un élément de notre enfance. Le vieux meuble devient beau à nos yeux, et suscite notre intérêt parce qu’il nous fait ressentir des choses.

 

En ce qui concerne les achats de seconde main, les objets anciens que l’on aime trouver dans les brocantes ont généralement été façonnés avec soin, parfois de manière artisanale, souvent avec des matériaux robustes pour ceux qui sont passés par l’époque de la grande industrialisation des sixties. Ce sont à la fois l’aspect “fait main” et l’unicité de l’objet qui créent de l’émotion chez l’acheteur, contrairement aux produits “made in china” qui inondent le marché avec leur froide régularité.

Et à celles et ceux qui me diraient : “t’as qu’à prendre une table basse Ikea, pourquoi tu t’emmerdes ?”, je répondrai que chiner une pièce unique, qui a traversé le temps, qui a vécu chez un ou plusieurs propriétaires et qui s’est retrouvé sur votre chemin ce jour pluvieux de septembre au détour d’une balade dans un dépôt vente, c’est aussi prendre le temps de se concentrer sur le produit et ce qu’on attend de lui.

On le sélectionne parce qu’il répond exactement à nos attentes, on le cherche, on farfouille au milieu de toutes les vieilleries jusqu’à le trouver.

En fait, on “s’emmerde” à acheter de la seconde main parce que la quête fait partie du plaisir. L’expérience de l’usager est stimulante et enrichissante. Le meuble vintage est sélectionné par soi et pour soi, dans une démarche de réutilisation de ce qui existe déjà. L’avantage c’est que comme nous sommes des consommateurs invétérés, il y a un grand nombre de ce dont nous avons besoin en décoration et en aménagement d’espaces qui est déjà là. Et ce qui est super c’est que le mobilier vintage s’adapte à tous les types de déco pour refléter votre vision, qui est unique ! On peut très facilement combiner une chaise Alexandre Noll à un style minimaliste ou une table tulipe d’Eero Saarinen à un intérieur funky.

Point important à souligner : le vintage ça correspond aussi à des pièces à succès qui ont été réusinées et que l’on peut aujourd’hui trouver neuves chez certains vendeurs de mobilier design.

L’objet vintage est donc attrayant parce qu’il provoque chez nous une émotion. Il a plusieurs valeurs : sentimentale, pratique et esthétique. Il est cependant un point non négligeable : la durabilité que peut représenter de la seconde main. Un meuble des années 1950 qui est toujours entier et qui tient toujours debout, c’est un meuble de qualité. Même si le look n’est plus complètement adapté à ce que l’on souhaite créer comme ambiance, c’est souvent super simple de lui donner une seconde jeunesse.

Pensez au fameux buffet de mamie : un coup de peinture, de nouvelles poignées, et le tour est joué. L’upcycling c’est vraiment cool, en se projetant un peu. En plus ça permet de transformer à moindre coût un vieux meuble trouvé à 20€ au marché aux puces, ou la vieille bibliothèque héritée de la maison de sa grand-tante. Et ça c’est intéressant pour une classe sociale qui n’a pas forcément 1000 balles à mettre dans un meuble, mais qui veut quand même se lancer dans la décoration chez soi.

Il est plutôt question de déco et de mobilier dans cet article, mais l’utilisation du vintage peut aussi s’appliquer dans la rénovation ou l’aménagement d’espaces : lavabo sur colonne en céramique, évier timbre d’office ou encore anciennes portes en bois sont des éléments trouvables sur leboncoin.fr par exemple.

 

On possède donc de la seconde main pour les diverses raisons abordées précédemment : nostalgie, unicité, durabilité… Mais la notion d’art est également au cœur de la tendance du vintage. Faire honneur au design du passé et créer une véritable collection de pièces iconiques et historiques, c’est là tout l’enjeu d’une partie des consommateurs de vintage.

Quel bonheur de retrouver chez les amoureux du design des éléments s’inspirant des designers emblématiques du 20e siècle !

Le sofa Pumpkin, un canapé des 70s créé par Pierre Paulin spécialement pour l’utilisation du président Pompidou au Palais de l’Elysée

Le canapé Togo de Ligne Roset par Michel Ducaroy, avec son armature conçue pour être quasi invisible et permettant à l’assise de ressembler à un gros coussin

Le fauteuil Grand Confort par Le Corbusier (en collaboration avec Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand), pensé en 1928 à partir de croquis de postures du corps humain

la Coffee Table d’Isamu Noguchi, une table basse en verre et en bois à l’esthétique biomorphique et aux lignes organiques créée en 1944

Ces pièces peuvent s’acquérir neuves tout en gardant une esthétique vintage et en les combinant à des textures et des tonalités rétro, même si à mes yeux rien ne vaut l’objet d’art qui a traversé les époques ; cela donne une esthétique et une sensibilité différente en décoration.

Et aujourd’hui, on en fait quoi de tout ça ?

Les distributeurs de meubles et d’objets de la vie quotidienne comme Ikea, Maisons du Monde ou encore Casa ont bien compris que les designs rétro étaient en vogue. La preuve : ils s’inspirent de manière plus ou moins évidente des designs du 20e siècle pour sortir leurs collections.

A gauche > chauffeuse Kangourou de Pierre Jeanneret (1955) en haut à droite > fauteuil en rotin et noyer Homary (reproduction de la chauffeuse Kangourou – 2022) en bas à droite > fauteuil Atmosphera (2022)

La tendance vintage prend donc le dessus sur la création des pièces contemporaines auxquelles nous avons affaire tous les jours.

L’exemple le plus criant c’est le site Detjer.com : il s’inspire clairement du style Chandigarh des 50s initié par Pierre Jeanneret. En vérité plus qu’une inspiration, ce sont carrément les mêmes modèles de la fameuse chaise Chandigarh qui sont fabriqués à la main dans leurs ateliers en Indonésie. En effet, Jeanneret n’a jamais déposé de brevet pour ses fameuses chaises ce qui explique qu’elles aient pu être reproduites à l’identique.

Fun fact : ce que l’on vend aujourd’hui comme une chaise design et vintage à un prix élevé était à la base une création fonctionnelle et faite pour être reproduite en grande quantité (donc à un coût concurrentiel), puisque prévue pour occuper les bureaux et bibliothèques du gouvernement indien.

Phénomène décrié dans l’univers de la fripe ou des antiquaires, les prix sont souvent revus à la hausse. La demande est haute, alors le prix grimpe aussi.

Une seule raison : la tendance.

Le vieux Levi’s, la chaise Chandigarh (aperçue chez les Kardashian, si ça c’est pas une preuve), le vintage peut autant être accessible que hors de portée.

Pour résumer : le vintage, c’est un univers à part entière. Les initiés savent dénicher les bons plans, tandis que les collectionneurs sont toujours à l’affût de la perle rare. Une chose est sûre, c’est un marché qui n’a pas fini de croître. Plus qu’une tendance, le monde du rétro a su s’ancrer dans nos modes de consommation.


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